La véritable pleine conscience

La pleine conscience est une approche de la méditation consistant à développer une présence attentive à l’ensemble de nos perceptions. Elle construit ainsi notre capacité d’observation de nous-mêmes, autrement dit notre capacité d’introspection. Dans la pleine conscience, il s’agit d’être de plus en plus lucide et transparent vis-à-vis de toutes les émanations de notre monde intérieur.

Prendre conscience est le prérequis nécessaire pour pouvoir changer dans le sens désiré. La prise de conscience est ainsi le pilier de n’importe quelle démarche de transformation personnelle. Une telle pratique vise donc d’abord à nous ancrer à la réalité. Nous pouvons alors mieux nous y orienter. Les interactions entre nous-mêmes, les autres et le monde, nous apparaissant aussi plus clairement.[emaillocker]

Les différentes approches de la pleine conscience

Dans ma perspective, il y a trois approches de la pleine conscience. La première est issue du bouddhisme et en est le point d’origine. Selon ce prisme, la pleine conscience s’insère dans un système complet de développement introspectif qui ne se résume pas à elle. Sans suivre un enseignement traditionnel, il n’est donc pas vraiment possible de rentrer dans la profondeur de ce système. Ni de saisir tous les tenants et aboutissants de cet outil méditatif.

La seconde est l’appropriation qui en a été faite par l’occident. Dans ce cas, la pleine conscience est utilisée pour promouvoir le bien-être. Son usage s’étend également à la thérapie. Cette version est en général simplifiée à l’extrême. Car elle vise la pure efficacité en fonction d’objectifs très concrets. La troisième manière de considérer la pleine conscience consiste à la voir sous l’angle du développement personnel. Son but sera là de mieux se connaître.

C’est cette troisième voie que je choisis d’exploiter au travers d’Hypnomade. La pleine conscience est en effet l’outil introspectif fondateur sur lequel repose tous les autres. C’est donc tout naturellement que j’ai décidé d’en faire un axe majeur de ma pratique. N’ayant pas suivi d’enseignement traditionnel, à mon sens trop dogmatique, et trouvant les approches centrées sur la seule recherche de bien-être trop édulcorées à mon goût, il m’a paru essentiel de trouver un équilibre entre ces deux extrêmes. Cette troisième voie puise ainsi son inspiration dans les traditions millénaires de l’introspection et s’oriente en même temps vers une recherche d’optimisation de nos fonctionnements internes.

Les dangers de la pleine conscience

Pour beaucoup, la pratique méditative de la pleine conscience se résume à une approche de bien-être et de gestion du stress pour se sentir mieux au quotidien. Loin de moi l’idée de vouloir critiquer une telle approche. Car elle est efficace et permet de « réenchanter » une vie éprouvante et parfois désabusée, modelée par les challenges du monde moderne. Mais il y a un point que j’aimerais malgré tout soulever. Ces approches occultent souvent une certaine réalité de la pratique introspective, réalité pourtant incluse aux enseignements traditionnels. La pleine conscience, en tant que pratique, mène à devenir nécessairement de plus en plus conscient dans la relation que nous entretenons avec nous-mêmes, les autres et le monde.

Cette conscience plus aiguisée ne comporte pas de danger en tant que tel. Par contre, il faut savoir que ce que l’on découvre sur soi n’est pas toujours ce que l’on souhaiterait voir. L’image que l’on a de nous, à la surface, n’est pas toujours conforme aux perceptions développées au cours de la méditation, qui nous met face à la profondeur. En bref, prendre conscience de soi, c’est aller vers ses parts de lumières. Mais c’est aussi rencontrer nos parts d’ombres. Le véritable travail sur soi passe par une exploration de ces deux polarités. Cette démarche peut remuer et n’est par conséquent pas tout le temps de tout repos. La pleine conscience nécessite donc un courage de guerrier ou de guerrière.

Pour parler en termes hypnotiques, la méditation en pleine conscience active, comme l’auto-hypnose, les ressources inconscientes pour les faire émerger au conscient. La force et la limite de cette méthodologie reposent ainsi sur le développement de la capacité d’observation de soi. Force car on prend conscience de ce qui était là et nous impactait sans même que nous le sachions. Limite car que faire ensuite de ces nouvelles compréhensions ? Dans le paragraphe suivant, j’expose une pratique de base de la pleine conscience, qui vous permet d’aborder ce processus de mise en lumière de manière progressive, à partir d’une attitude juste de pratique.

Les éléments de la pleine conscience

Avant d’entreprendre toute pratique dédiée de méditation, il convient d’orienter intention et attention dans une direction précise tout au long du processus. Cette orientation jouera le rôle d’ancrage, à l’image d’un phare nous guidant au cœur de la tempête. L’attitude juste de pratique sera ce phare. Les ressentis, représentations et perceptions issus de la pratiques seront la tempête. La pleine conscience développe ainsi la capacité à être de plus en plus intime avec soi-même. Elle permet d’intégrer de plus en plus de facettes de nous-mêmes.

Avec la pratique, nous pouvons mieux les accueillir, les accepter, les inclure à notre globalité plutôt que de nous en sentir séparé. Dans la pleine conscience, il s’agit d’observer. Point. Il n’y a pas de transformation à rechercher. Ni de changement à désirer. Pour se prémunir contre l’éventuel risque psychique provoqué par le développement d’une telle capacité d’observation, il faut que la capacité d’acceptation de soi grandisse simultanément. Pour cela, l’attitude juste de pratique est nécessaire.

Construire l’attitude juste

L’attitude juste se construit autour de trois éléments majeurs : curiosité, non-jugement et bienveillance. Ces trois piliers donnent un cadre solide à la pratique. Ils fondent et développent une acceptation de soi de plus en plus inclusive. Mais s’accepter soi-même implique-t-il d’acter ensuite dans le réel nos parts les plus inavouables et secrètes ? Non, bien entendu. Prendre conscience, ainsi, n’est que le premier pas. C’est ce qui permet par la suite d’orienter vos ressources internes vers le résultat désiré.

Or ce n’est nullement l’objet de la méditation, de vous amener à ce changement, mais bien de l’auto-hypnose. Pour simplifier, si la méditation observe vos fonctionnements internes, l’auto-hypnose facilitent leur remodelage. Elle ouvre pour cela un dialogue direct entre le conscient et l’inconscient. Le moment de la prise de conscience peut donc s’avérer délicat. Il arrive de paniquer face à ces représentations nouvelles. Les piliers de l’attitude juste jouent donc le rôle de garde-fous. Ils permettent la tête froide et de réaliser que quelque soit le contenu de vos prises de conscience, vous en êtes libres.

  1. Curiosité : elle vous ouvre au monde de vos représentations, perceptions, émotions et sensations. Être curieux c’est s’intéresser à l’introspection. La curiosité vous met dans une posture d’apprentissage. Elle tourne votre attention vers l’intérieur de vous-mêmes.
  2. Non-jugement : il est absolument fondamentale de placer la pratique sous l’auspice de l’équanimité. Aucun phénomène que vous percevez n’a plus de valeur que les autres. Pas de jugement, cela veut dire aussi observer vos jugements lorsque vous jugez.
  3. Bienveillance : elle est le pilier qui vous oriente vers une plus grande acceptation de vous-mêmes. Sans elle, impossible d’intégrer vos parts d’ombre à votre lumière. Avec elle, vous développez ainsi votre humanité grâce à l’ouverture de votre vulnérabilité.

Aiguiser sa capacité d’observation

Si l’attitude juste est le contenant de la pleine conscience, son contenu est défini par l’ensemble des manifestations de votre intériorité. Dans ce temps et cet espace où vous construisez une pratique dédiée, il s’agira ainsi de développer, à partir de l’attitude juste abordée plus haut, votre capacité d’observation de l’ensemble de vos processus internes. Il existe bien entendu plusieurs manières de le faire. Vous pouvez décider de vous concentrer sur un seul type de ces manifestations. Ou au contraire de laisser venir ces émanations de manière plus globale.

  1. Sensations : la perception corporelle est la base de la méditation, que ce soit la sensation de présence du corps dans l’espace, la sensation de la respiration, ou tout autre sensation émanant des différents processus physiologiques.
  2. Émotions : la perception émotionnelle est une réaction sensitive déclenchée par une pensée ou une série de pensées. Pensez et ressentez les 3 mouvements émotionnels de base : plaisir, neutralité, déplaisir.
  3. Pensées : les pensées sont initiatrices d’émotions, et en même temps, elles ont une vie propre. Le pilier de leur observation consistera à les laisser passer, à ne pas s’y accrocher, pour aller par la suite en chercher le point d’origine.

La pleine conscience dans la vie quotidienne

Pour explorer la pratique méditative de la pleine conscience au cœur de la vie de tous les jours, il s’agira de vous mettre dans cette posture d’observation le plus souvent possible. Observez ainsi vos sensations, vos émotions et vos pensées, sans les juger et pourtant en observant là aussi vos jugements lorsque vous le ferez. Chaque situation est ainsi propice à l’introspection : quand vous marchez dans la rue, quand vous échangez avec quelqu’un, quand vous êtes absorbez dans vos activités quotidiennes, etc.

En développant une pratique de pleine conscience sur une base régulière, il y aura ainsi des répercussions sur votre vie quotidienne. Certaines informations sur vous-mêmes, auxquelles vous n’aviez pas accès consciemment, émergeront spontanément beaucoup plus fréquemment. En développant lucidité et transparence dans votre relation à soi, aux autres et au monde, vous serez alors mieux à même de maîtriser votre subjectivité et de vous orienter vers ce que vous désirez plus profondément.[/emaillocker]